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Je suis un évangélique libéral !

28 juin 2021 - Editoriaux

On aime bien mettre des étiquettes sur les gens, les paroisses, les Églises : évangélique, libéral, attestant, voire multitudiniste, congrégationaliste et autres gros mots. Mais le propre de l’humain, c’est de ne jamais vraiment rester dans les cases où on veut l’enfermer.

Il est vrai qu’il y a des Églises dites « évangéliques », et d’autres, « luthéro-réformées ». Mais il y a dans l’Église protestante unie de France (EPUdF) des paroisses infiniment plus « évangéliques » dans leur façon de conduire le culte, dans leur message et leur culture, que certaines Églises baptistes. Il y a des pasteurs évangéliques qui ont une lecture critique et scientifique de l’Écriture, et des pasteurs réformés qui ne sont pas loin d’être littéralistes.

C’est le diable qui veut enfermer les gens dans des dénominations, c’est commode parce que cela permet de rejeter en bloc ou de mettre à l’écart un grand nombre de personnes, frères et sœurs en Christ pourtant. Mais c’est dangereux, parce qu’ainsi on oublie qu’il y a des individus, des sujets dans cette globalité impersonnelle, et que l’Église du Christ est plurielle de toute façon, comme un corps avec plusieurs membres, chacun ayant besoin de l’autre, et pouvant être enrichi par l’autre.

Ce n’est pas l’Église qui sauve

Un des propres du protestantisme est sa conception faible de l’Église : ce n’est pas elle qui sauve, pas elle qui est le domaine exclusif de ceux qui sont dans la vérité. Je ne peux donc pas dire que je me définis comme étant membre de l’Église protestante unie. Disons que c’est dans son cadre que j’exerce mon ministère, je lui suis reconnaissant de bien vouloir de moi pour ce faire, mais je pourrais très bien être dans une autre Église. Je refuse d’être étiqueté, étant sans doute trop évangélique pour être libéral et trop libéral pour être évangélique !

J’aime l’Église réformée, parce qu’on y trouve une grande liberté théologique, et (souvent) un enracinement dans la tradition de la Réforme, dans l’histoire protestante qui nous a légué nos temples, notre liturgie, nos vieux cantiques, notre robe à rabats blancs… Et surtout pour le message radical de la grâce et de l’accueil inconditionnel qui y est vécu. J’admire les églises évangéliques pour leur dimension communautaire et fraternelle forte, leur prédication vivante, à la fois ancrée dans la Bible et ouverte sur la vie de tous les jours, leur pragmatisme fonctionnel (s’il y a du monde on trouve un local plus grand, et s’il n’y a plus personne, on ferme !), le statut central donné au pasteur, et en même temps l’engagement du plus grand nombre au service du rayonnement de la communauté. Idéalement, il faudrait avoir un peu tout ça en même temps… Et pourquoi pas, si chacun cessait de se méfier de l’autre, de s’en moquer, ou de le juger ?

Pour ma part, je suis certainement un peu libéral parce que je crois que la Bible a besoin d’être interprétée, lue avec l’aide de la critique historique remettant les textes dans leur contexte. Je ne considère pas l’Écriture comme un traité de dogmatique ou un manuel de morale, mais comme un livre de vie qui m’accompagne, me fait grandir, me questionne et m’oriente. Je suis aussi certainement évangélique, parce que toute ma prédication est centrée sur l’Écriture, mes choix éthiques, ma pratique même dans l’Église sont une tentative de vivre en cohérence avec ce que je comprends de la prédication du Christ. Il n’y a pas un passage de la Bible que je ne prenne au sérieux.

Quatre Évangiles d’une profondeur infinie

Sans doute suis-je trop libéral pour être évangélique, parce que je ne crois pas que le canon (liste des livres de la Bible) ait été dicté par Dieu. Les livres qui sont reliés dans nos bibles ne sont pas forcément plus inspirés que certains qui ne s’y trouvent pas, ni même plus anciens. Cependant je dois bien admettre que notre Nouveau Testament nous donne vraiment les meilleurs textes des origines du christianisme. Et je suis bouleversé par la qualité, le génie, l’inspiration de ces textes vénérables.

L’humanité a créé beaucoup de très bonne littérature mais en l’occurrence, on est au-delà de tout ce que l’homme a pu produire. Nos quatre Évangiles forment un texte d’une profondeur infinie, telle qu’on les commente encore et encore 2 000 ans après avec le même enthousiasme. Ils ont changé le monde, façonné des civilisations, encore aujourd’hui ils sauvent des vies, des hommes et des femmes leur consacrent toute leur existence. Ces textes ne sont pas humains, ils sont surhumains, transcendants, ils ne sont pas une parole d’homme, mais vraiment une parole divine, une parole créatrice. La Bible n’est pas juste un livre sympathique, ou intéressant, c’est la parole de Dieu. Et disant cela les libéraux me trouveront trop évangélique.

Mais que voulez-vous ? L’Évangile a changé ma vie, et toute ma vie lui est consacrée. Je crois que je suis un évangélique libéral, je ne sais pas si on a le droit ?

Louis Pernot, théologien et pasteur de l’EPUdF à l’EPU de l’Etoile (Paris)

(Source : Réforme)

« Seigneur Jésus,
qui à la veille de mourir pour nous,
as prié pour que tous tes disciples
soient parfaitement un,
comme toi en ton Père,
et ton Père en toi,
Fais-nous ressentir douloureusement
l’infidélité de notre désunion.
Donne-nous la loyauté de reconnaître
et le courage de rejeter
ce qui se cache en nous
d’indifférence, de méfiance,
et même d’hostilité mutuelle.
Accorde-nous de nous rencontrer tous en toi,
afin que, de nos âmes et de nos lèvres,
monte incessamment ta prière
pour l’unité des chrétiens,
telle que tu la veux,
par les moyens que tu veux.
En toi, qui es la charité parfaite,
fais-nous trouver la voie
qui conduit à l’unité,
dans l’obéissance à ton amour et à ta vérité.
Amen. »

Paul Couturier (1881-1953)

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