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Devenons tous des artisans de paix !

21 juin 2021 - Editoriaux

« Heureux les artisans de paix ; ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5:9)

S’il est un mot qui depuis toujours, a suscité dans le coeur de l’homme les plus grands espoirs, c’est bien celui-ci : La Paix. Et dans ses deux sens habituels : absence de conflits entre les nations ou divers groupements humains et absence d’agitation intérieure. On peut même dire que l’homme est un inlassable quêteur de la paix, mais que, par ailleurs, nul espoir humain n’a connu de déceptions aussi vives et fréquentes que celui-là. Mais on veut aussi « avoir la paix » – notamment chez soi ou en vacances -, trouver la paix malgré les agressions de la vie moderne qui nous assaillent en permanence. Ainsi, nous vivons non seulement dans le monde le moins pacifique de tous, mais nous sommes certainement les gens les moins pacifiés de l’Histoire.

« Ils disent : paix, paix ! Mais il n’y a pas de paix ! » (Jr 6:14), s’écrie le prophète Jérémie. Je crois que cette parole reste d’une actualité brûlante. Car paradoxalement, dans un monde de conflits perpétuels, dans un monde où les multiples agressions intérieures et extérieures rongent notre être… tout le monde parle de paix, il faut bien se rendre compte que cette paix-là n’est pas encore celle que veut nous faire entrevoir Jésus dans l’Evangile. La paix dont on parle dans les rapports entre nations, n’est en effet qu’une pacification, une sorte de modus vivendi basé surtout sur l’équilibre des forces – comme jadis la Pax romana –, donc une « paix armée ». D’autres, sont toujours prêts à imposer leur paix, au besoin par la guerre, comme au Proche-Orient. « Si tu veux la paix, prépare la guerre », dit une maxime latine qui reste la base de nos politiques de défense ! Il y a aussi ceux qui veulent « qu’on leur fiche la paix », espérant qu’au fond d’eux naîtra alors cette paix des profondeurs qui est déjà chez eux un peu le « repose en paix » des cimetières. Car cette paix-là est d’abord une indifférence aux autres, à leurs malheurs… le tombeau d’un monde plus juste et fraternel. On est là encore loin de cette Béatitude que le Christ veut nous faire entrevoir en nous invitant à devenir « Artisan de paix ».

Le terme employé par Jésus pour parler de la paix, c’est Shâlôm. Ce Shâlôm, tel qu’on peut le comprendre dans l’Ancien Testament, c’est le « bien-être », la sécurité dans la liberté et la justice. Ce n’est pas juste vivre entre deux guerres, mais c’est vivre dans un pays débarrassé de la guerre, avec des enfants, des troupeaux prolifiques sur des prés d’herbe grasse. Mais une des caractéristiques essentielles de ce Shâlôm, c’est qu’il doit être dynamique : on doit le chercher, le faire. Et de plus, le fait de vivre ce Shâlôm est toujours lié avec la volonté de le donner aussi aux autres. Ainsi, ce n’est pas parce que nous vivons sans conflits, qu’il y a la Paix et que nous sommes sur le chemin de la Béatitude. De même, ce n’est pas parce qu’avec le yoga ou avec deux Temesta j’aurais réussi à faire le vide en moi, que je serai en Paix. La Béatitude du Christ ne loue pas ceux qui ignorent les conflits extérieurs ou intérieurs ; car il ne s’agit pas ici « d’être en paix », ni « d’avoir la paix », mais de la créer, notamment là où elle n’est pas, pour que tous nous puissions connaître sécurité et bien-être. La Paix n’est pas tranquillité, sommeil ou indifférence : elle est lutte, avenir et espérance. Une lutte « non-violente » comme celles menées le siècle dernier, par deux grands artisans de la Paix, Gandhi et Luther King.

Mais, nous ne sommes pas Gandhi, Luther King ou Jésus-Christ, alors, avant d’œuvrer pour la Paix dans le monde, on doit travailler à la paix à des échelons moins élevés. En effet, comment pourrais-je efficacement travailler à la paix universelle, si je ne sais pas vivre déjà la paix chez moi et en moi ? Si je ne sais pas faire la paix avec ma famille et mes proches ; si je ne suis pas capable, non pas simplement de leur ficher la paix, mais de leur donner la paix ? De même, si je ne suis pas capable déjà de vivre cette paix dans mon Eglise et avec les autres Eglises, comment pourrais-je m’engager pour la paix dans le monde ? Commençons donc par oeuvrer pour la paix dans nos vies. Vous serez tous d’accord qu’il y a là déjà pas mal à faire ! Vivre d’abord la Paix avec soi-même et avec les autres, c’est la condition première pour que le monde vive enfin en paix. Et, pour travailler à la Paix, pour pouvoir donner la paix autour de nous, il nous est nécessaire de nous replonger constamment dans l’essentiel du message biblique, à savoir que « Christ est notre Paix ». Nous ne pouvons lutter pour la paix, à petite ou à grande échelle, que si nous nous souvenons que le Christ nous a donné et nous donne sa Paix. En effet, en Christ, Dieu nous dit « Paix », et fait en sorte que règne cette Paix. Alors, nous pouvons devenir des bâtisseurs de paix, d’une paix qui dépend aussi de l’instauration de la justice et du respect des droits de tous les hommes. « Jésus leur dit : La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jean 20:21)

Luc Serrano, pasteur à l’EPU d’Indre et Creuse

Pour télécharger et imprimer l’éditorial : Edito pour PIC de l’été 2021 (La Paix)

 

« Celui qui célèbre tout seul au cœur du désert, il est une assemblée nombreuse.

Si deux s’unissent pour célébrer parmi les rochers, des milliers, des myriades sont là, présents.

S’il y en a trois qui se rassemblent, un quatrième est parmi eux.

S’il y en a six ou sept, douze mille milliers sont rassemblés.

S’ils se mettent en rang, ils remplissent le firmament de prière.

Sont-ils crucifiés sur le roc et marqués d’une croix de lumière, l’Église est fondée.

Sont-ils réunis, l’Esprit plane sur leurs têtes.

Et quand ils terminent leur prière, le Seigneur se lève et sert ses serviteurs. »

Ephrem le Syrien (vers 306-373)

(Texte en partage de Luc Serrano, pasteur à l’EPU d’Indre et Creuse)

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